Aujourd’hui, une réflexion sur le texte de la messe de hier, qui est un de mes textes préférés ^^
Au sixième mois d’Elisabeth, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Alors l’ange la quitta.
Evangile de Saint Luc, 1, 26-38

On annonce des mesures, des budgets, un plan de redressement, puis… plus rien. Qui se rappelle encore du plan pour les banlieues, des places de logement suite aux tentes sur le canal Saint Martin… ? L’opinion publique s’est contentée des effets d’annonce. Les actes n’ont pas suivi les paroles.
Excusez-moi de poser la question un peu brutalement : et Dieu aurait-il succombé lui aussi aux conseils de ses experts en communication en misant sur les effets d’annonce ? Car des annonces, il y en a, surtout à l’approche de Noël : Annonce à Marie, à Zacharie, aux bergers, à Joseph…
Effets d’annonce ? Sûrement, vu la réaction de tous les concernés !
Annonce sans effets ? Sûrement pas, vu la suite des événements ! Elle secoue l’histoire intime de Marie et l’histoire collective du peuple d’Israël : le Messie naît, il vit une existence fulgurante, il meurt dans le dénuement et il ressuscite mystérieusement.
Comprenne qui peut, croie à qui la foi est donnée. L’annonce de Dieu s’est réalisée, les actes ont suivi les paroles. Seulement, peut-être pas comme certains parmi nous l’ont imaginé.
C’est cela, l’effet d’annonce de Dieu : Il fait suivre ses paroles par des actes, mais souvent en décalage par rapport à nos attentes.
La fête de l’Annonciation que nous célébrons aujourd’hui est tout le contraire d’un effet d’annonce !
Pas de tapage public ni de journalistes autour de l’inconnue de Nazareth.
Pas de photographe pour mettre en 1° page cette jeune fille, qui ne comprend pas ce qui lui annoncé, mais qui y consent de tout son coeur, de tout son corps.
À l’Annonciation, c’est presque rétrospectivement que l’annonce permet de déchiffrer l’événement.
Car l’événement a eu lieu : Jésus, Messie caché, Messie humilié, Messie ressuscité. Et la parole adressée à Marie pour la préparer à cette aventure est déjà à l’oeuvre, efficacement, en sa chair.
Marie était en attente, son désir éveillé : voilà pourquoi elle a perçu ce que personne n’a entendu à part elle. Si nous ouvrons notre désir intérieur à la suite de Marie, nul doute que la même voix fera son chemin en nous.
Homélie du père Patrick Braud prononcée le 31 mars 2008 en la chapelle d’Obezine

“Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi”… Eh bien sûr que la réponse jaillira: “Qu’il me soit fait selon ta parole…”! Noël est déjà commencé, Jésus est déjà là, nous pouvons déjà nous réjouir, il ne peut plus revenir en arrière: Dieu a mis le doigt
dans l’engrenage du temps! Le salut est inauguré.
“Je te salue, comblée de grâce… “. En grec c’est une formule particulière qui signifie, littéralement: ” Réjouis toi, toi qui a déjà été complètement comblée de grâce !” C’est effectivement un participe passé, plus-que-parfait, passif qui en grec indique la plénitude absolue… C’est un plus-que-parfait pour la “plus que parfaite”. Et c’est déjà notre Chapelet, notre Rosaire!
Effectivement, il n’y aura plus jamais dans toutes les écritures, et pour la suite des âges, et jusqu’à la fin du monde, il n’y aura plus jamais de paroles plus brûlantes que celles-là. Parce que c’est une parole quasi “sacramentelle”, une parole efficace, qui produit ce qu’elle signifie. Et donc plus jamais, pour la suite des âges et de l’Eternité, plus jamais Dieu n’enverra un ange prononcer pour quelqu’un cette Parole-là, parce que pour toujours et pour l’éternité, il n’y aura pas d’autre Mère de Jésus, puisqu’il n’y a qu’un seul Jésus, Fils de Dieu et sauveur de l’humanité. Vous voyez quel incroyable mystère nous prononçons à chaque “Je vous salue”… de manière souvent si légère et si distraite, alors que nous tenons là les secrets du coeur de Dieu et du salut de l’humanité !
Extrait d’une homélie de Monseigneur Genoud prononcée à Lourdes le 27 mai 2008

Annonciation - Orazio Gentileschi
vers 1623
Galleria Saubada, Turin
(non mais vous ne croyiez quand même pas que j’allais vous priver d’un tableau XVIIe sur le sujet ? XD)