Ce blog n’est pas voué à une longue vie… si tout va bien, il durera un mois, jusqu’au 24 décembre… jusqu’à Sa Naissance. C’est une sorte de calendrier de l’Avent si vous voulez, avec mes prières au jour le jour, mes petites découvertes, mon état d’esprit au sens propre.
L’idée m’en est venue ce matin…
Une des découvertes que j’ai faite au désert la semaine dernière, c’est que je n’étais absolument pas seule, j’ai passé mon temps avec les gens que j’aime, par la pensée. C’était vraiment un lien très fort que je ressentais. Et je me suis donc rendue compte que je vous portais tous en moi. Et lors de la visite à l’Uluru, ma guide aborigène a insisté sur le partage des connaissances et des expériences, en nous recommandant de raconter à nos amis, à tous ceux qui ne sont jamais venus et qui ne pourront peut-être jamais venir, ce que nous avons vu. De témoigner quoi.
Et là, les mots du thème des JMJ sont venus me frapper. Je suis venue pour être un témoin. Je l’ai fait bien sûr, par le blog, en racontant ce que je vis, en partageant ce que j’apprends sur les australiens et leur culture. Mais surtout, j’ai une responsabilité, j’ai un rôle, que je ne dois pas gâcher.
Je n’arrête pas de me dire que depuis un épisode malheureux - je ne tiens pas à donner plus de détails car j’espère pouvoir un jour pardonner -, ce voyage n’a plus d’intérêt. C’est complètement faux. Il ne s’agit pas de me forcer à être heureuse si je ne le suis pas. Mais de faire comme Iina, et d’essayer de voir en permanence le verre à moitié plein et de rendre grâce en permanence surtout.
Parce que ça reste quand même magique. Et d’ailleurs les mots d’anniversaires de ma famille me l’ont vraiment fait sentir. Pour eux, je vis un rêve éveillé. On était plus proche du cauchemar le mois dernier, mais c’est eux qui ont raison. Je dois me secouer et retrouver la capacité de m’émerveiller, remiser au placard la vieille fille aigrie qui râle depuis un mois. Oui on m’a abandonné, je n’appartiens pas à ce pays et je veux rentrer chez moi. Mais pour le moment, je suis “bloquée” ici, alors on va essayer de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Et se bouger pour avoir des trucs à raconter à toutes les personnes qui me soutiennent en échange de leur soutien justement.
Il me reste un dernier point à aborder. Un point que je n’ai pas VU au désert, mais qui en découle. Un point qui a fait son chemin en moi aujourd’hui, depuis ce matin et le message de Seb qui annonçait que les prières que j’ai faites pour lui au désert avaient été entendues. Au désert, donc, j’ai prié pour vous. Je n’ai quasiment pas prié pour moi. J’ai demandé une seule chose à Dieu, au bout de 4 jours, c’est que mes mots de haine arrêtent de m’obséder. Pas que la situation s’arrange, car je crois qu’elle est très bien comme elle est. Mais que j’arrête de ressasser cette colère et cette haine, parce que ça me rend malheureuse.
A chaque fois que la ritournelle des mots revenait, je me forçais à penser à quelqu’un de mon entourage, à ses problèmes réels, à comment les résoudre, quelles sont ses forces, etc. Pour me sortir de ma colère.
Depuis que je suis rentrée, j’ai eu plusieurs réponses à mes questionnements, à mes souhaits formulés dans le désert. Puis donc Seb. Je sais que j’ai intercédé pour lui. Car ses collègues lui ont donné une trève de Noël. Pas de Nouvel An ou de vacances. Non, Noël. Et je sais que c’est passé par moi. J’ai donc le pouvoir d’intercéder (ce que je savais déjà avant hein).
Mais surtout, cette nouvelle, ça m’a montré que j’ai bien plus important à faire que me lamenter sur mon sort, qui n’est plus si lamentable que ça. Il faut que je prie pour mes proches, car ça peut aider à changer les choses.
Le truc SUPER ironique c’est que c’est le moment idéal pour ça. Je n’ai pas d’amis ici, pas de vie sociale à proprement parler. C’est super facile de faire de la place à Dieu, y’a que ça, ici, de la place pour Lui. J’ai réalisé que mes seules activités prévues pour les semaines prochaines sont des messes, des rencontres de jeunes, des temps d’adoration, bref des trucs avec Lui.
Et alors je me suis dit… et si je lui consacrais mon mois là. Bon je vais chercher du travail parce que ça serait mieux que j’en ai. Mais si je faisais l’expérience de me laisser reposer dans ses mains, de lui faire confiance, de le laisser pourvoyer à mes besoins. Et d’adapter mes besoins en fonction. Et si c’était ça mon appel, vivre pendant quelques mois, une vie un peu consacrée, une vie un peu monastique, celle que je ne pourrais jamais avoir en France, à cause de mon amoureux, de ma famille, de mes amis ?
Il y a enfin une dernière chose. Une image qui m’a choquée en racontant ma soirée d’hier. Quand nous étions en train de prier, le prêtre a demandé de prier pour les jeunes qui sont venus pour les JMJ. Je suppose qu’il sous-entendait “et qui sont repartis”. Je suis le dernier vestige des JMJ ici, tout le monde me le répète tout le temps, que ça fait du bien de me voir, car ça veut dire que les JMJ ne sont pas encore tout à fait finis et que l’esprit des JMJ est encore un peu là. Oui mais non.
Oui mais non car je suis sortie de la messe seule. La tête basse. Sans dire bonjour ni au revoir à personne. Je veux dire que je crois qu’ils ont un GROS problème ces jeunes cathos australiens. Je crois que la plupart n’ont pas su nous accueillir nous les jeunes “overseas”. Je veux dire qu’ils nous ont bien accueillis sur le moment mais ils ne nous ont pas ouvert leurs coeurs, ne nous ont pas laissé bouleverser leurs vies. Et je crois que c’est une image vraiment terrible pour l’Eglise australienne, ce dernier pèlerin qui s’en retourne chez lui seul et la tête basse, résolument étranger. Mais c’est la réalité.
Les australiens sont obsédés par les JMJ. Chaque semaine, une réunion, un évènement “post-JMJ” est organisé. Ils ne parlent tous que de ça “comment c’était bien PENDANT les JMJ”. Sans se rendre compte, qu’il ne tient qu’à eux que ça soit tout le temps comme pendant les JMJ. Je veux donc aussi prier pour eux, prier pour qu’ils arrivent à sortir de la période “post-JMJ” pour s’ouvrir à une nouvelle période, une période de foi tout simplement , qui n’a rien à voir avec nous, avec les JMJ, un truc qui vienne de leurs tripes, qui se soit allumé au contact des JMJ mais qui ne viennent pas de l’extérieur du pays mais bien de l’intérieur. Parce que la culture aborigène est tellement PROFONDE, a tellement de sens et pèse tellement, que la culture “occidentale” telle qu’elle est implantée en Australie est dérisoire et creuse à côté. Il faut vraiment qu’ils se secouent et qu’ils commencent à bâtir quelque chose, au lieu de continuer à discourir sur des souvenirs qui s’écoulent entre leurs doigts et qu’ils ne pourront pas rattraper. Je vais essayer de me consacrer tout le mois de décembre à la prière. De vivre ma petite vie contemplative, d’essayer d’avoir un temps de prière dans une église de Melbourne chaque jour de la semaine. Et laisser Dieu régler mes problèmes de fric, de bouffe, de loyer.
J’ai réfléchi à tout ça, toute la journée. Quand je suis rentrée ce soir, je devais aller à une soirée entre français mais avec la pluie et le froid, j’ai eu la flemme. A la place j’ai écouté des chants de Noël. Puis j’ai tapé cette note. Pendant que j’étais en train de le faire, ma colloc est venue. Elle m’a expliqué qu’ils repartent demain au Sri Lanka mais qu’ils me laissent leur bouffe. J’ai des plats tout prêts dans des tupperwares pour manger jusqu’à la semaine prochaine. Et des milliers de trucs dans les placards qui périment avant leur retour. Je n’ai normalement pas de courses vraiment urgentes à faire avant la mi-décembre, si j’arrive à bien m’organiser, à faire la cuisine pour me préparer des plats à emmener pour le midi. Bref, ce mois de prière c’est sûr, je m’y mets. Il a déjà commencé à pourvoyer.